Parmi les fêtes de la Roue de l’Année, Mabon est l’une des plus chargées de symbolisme. Célébrée autour du 21 septembre, elle correspond à l’équinoxe d’automne, cet instant unique où le jour et la nuit sont d’égale durée. À cet équilibre fragile succède le basculement : la lumière décline peu à peu, l’ombre gagne du terrain. L’été s’éteint, l’hiver n’est pas encore là : Mabon est une fête liminale, un seuil entre expansion et repli, entre abondance et dépouillement.
Dans la tradition néo-païenne et wicca, Mabon est à la fois une célébration de la récolte et un temps d’introspection. Elle invite à remercier pour ce qui a été donné, à se réjouir des fruits de la Terre-Mère, mais aussi à préparer l’entrée dans la saison intérieure, celle du repos et du silence.

La fête des récoltes : seconde moisson
Dans le cycle agraire, Mabon correspond à la seconde moisson. La première, célébrée à Lughnasadh (début août), était celle des blés et des moissons céréalières. Mabon, elle, est la fête des greniers pleins et des vignes à maturité.
C’est le temps des pommes, des raisins, des noix, des courges, des champignons, toutes ces nourritures d’automne qui annoncent la préparation de l’hiver. Les foyers se remplissent de provisions, les celliers s’emplissent de vins et de fruits secs.
On y rend hommage à la générosité de la Terre-Mère, on partage des festins communautaires, on allume les premières braises dans l’âtre, prélude aux longues veillées hivernales. Mabon est donc une fête de gratitude, un moment pour dire merci avant de se tourner vers la saison sombre.
Ombre et lumière : le passage à l’introspection
Après l’équinoxe, l’équilibre se rompt : les jours raccourcissent, les nuits s’allongent. L’air se rafraîchit, les arbres commencent à se dépouiller, la sève redescend vers les racines.
Dans de nombreuses cultures, ce temps était associé aux mondes invisibles. L’automne, période où la nature décline, est propice aux rituels domestiques, à l’introspection et aux liens avec l’au-delà .
La fête de Mabon invite ainsi à ralentir, à tourner le regard vers l’intérieur. C’est un moment pour méditer, trier, ranger, se délester. Là où Beltaine ou Litha (le solstice d’été) célébraient la flamboyance, Mabon rappelle l’importance du retour vers soi.
Mythes antiques de l’automne
Les équinoxes et les moissons ont inspiré d’innombrables récits mythologiques.
- En Grèce antique, l’automne est marqué par le mythe de Perséphone, enlevée par Hadès. Lorsqu’elle descend aux Enfers, la Terre s’assombrit et entre en repos. Son retour au printemps fait renaître les champs. Mabon est donc une résonance de ce cycle de descente et de remontée, de mort et de renaissance.
- Dans d’autres traditions, l’équinoxe est lié à l’affaiblissement saisonnier du dieu solaire. Le soleil décline, rappelant que toute puissance doit céder sa place au cycle de l’ombre.
- Les Celtes eux-mêmes, s’ils n’ont pas nommé “Mabon” au sens moderne, célébraient les moissons et rendaient hommage aux forces de la nature qui assuraient la survie de la communauté.
Ces mythes soulignent que Mabon n’est pas qu’une fête agricole, mais une transition spirituelle : un passage du mouvement vers le silence, de la plénitude vers le dépouillement.
Mabon dans la Roue de l’Année
Dans le cycle néo-païen de la Roue de l’Année, Mabon est la deuxième des trois fêtes des récoltes. Elle se situe après Lughnasadh et avant Samhain.
- Lughnasadh (1er août) : première moisson, célébration du pain et des blés.
- Mabon (21 septembre) : seconde moisson, gratitude pour les fruits et les vins.
- Samhain (31 octobre) : fin du cycle, entrée dans la nuit hivernale, dialogue avec les ancêtres.
Mabon est donc un carrefour : encore lumineux, mais déjà tourné vers la nuit. Il symbolise l’idée que l’équilibre est toujours transitoire, qu’il précède un basculement inévitable.
Rituel et symbolisme de Mabon
Célébrer Mabon aujourd’hui, c’est renouer avec des gestes simples et sacrés :
- Préparer un repas à base de pommes, de noix, de raisins, pour honorer la saison.
- Prendre un temps d’introspection, écrire ce dont on est reconnaissant, mais aussi ce qu’il est temps de laisser aller.
- Méditer sur l’équilibre entre ombre et lumière, à l’extérieur comme en soi-même.
Dans un monde moderne dominé par l’accélération et la productivité, Mabon offre une spiritualité d’automne : celle de la lenteur, de la gratitude, de l’équilibre retrouvé.
Et au-delà des rites, Mabon nous rappelle que la vie est faite de cycles : prendre, donner, remercier, lâcher. Chaque moisson est suivie d’un repos, chaque apogée d’un retrait.
Parce qu’on oublie de remercier. Parce qu’on court sans récolter. Parce qu’on fuit l’ombre alors qu’elle a tant à nous apprendre. Mabon nous ramène à l’essentiel : reconnaître les dons reçus, accepter la fin des cycles, et préparer les renaissances futures.
Une spiritualité d’automne
Mabon, fête de l’équinoxe d’automne, est une invitation à l’équilibre, un rappel que la vie n’est pas une course linéaire, mais une alternance de pleins et de vides, de jours et de nuits.
Elle est un hymne à la gratitude et à la lenteur, une célébration de l’intérieur après les élans extérieurs de l’été. Dans un monde qui épuise sans mesure, Mabon nous enseigne à honorer les récoltes, à accueillir l’ombre, et à réenchanter notre lien aux saisons.