Au sud de la Suède, près de Tanumshede, s’étend l’un des ensembles d’art rupestre les plus riches d’Europe. Les pierres de Tanum, inscrites au patrimoine mondial de l’UNESCO, regroupent plusieurs milliers de pétroglyphes gravés entre 1800 et 500 av. J.-C.
Sans temples en pierre, sans écriture alphabétique, les peuples de l’âge du Bronze ont choisi la roche comme support. Là , ils ont tracé un langage de signes : silhouettes humaines, guerriers, bateaux, animaux, roues solaires, phallus et boucliers. Des images qui, trois millénaires plus tard, parlent encore à ceux qui savent les regarder.

Un langage visuel codé
Les gravures de Tanum composent un système visuel sophistiqué :
- Des bateaux Ă rames multiples, symboles du voyage collectif, peut-ĂŞtre entre le monde des vivants et celui des morts.
- Des guerriers armés de lances et de boucliers, engagés dans des duels rituels plus que dans de véritables batailles.
- Des scènes sexuelles, exaltant la fertilité, la puissance vitale et la continuité des lignées.
- Des soleils rayonnants, figures cosmiques d’ordre et de régénération.
- Des animaux (chevaux, taureaux, cerfs), liés aux cycles agricoles et aux forces de la nature.
Chaque gravure semble codée : un langage mythique que seuls les initiés pouvaient déchiffrer.
Les grands symboles de Tanum
Plusieurs motifs reviennent avec insistance et structurent l’univers spirituel de Tanum :
- Le navire : Dans le monde nordique, le bateau sera longtemps un cercueil, une arche funéraire, une métaphore du passage vers l’au-delà . Déjà , les gravures de Tanum suggèrent ce rôle initiatique.
- Le soleil : astre vital, il organise les cycles des saisons.
- Le phallus : symbole cru et puissant de fertilité, mais aussi d’autorité vitale. Loin d’être obscène, il sacralise la puissance génératrice.
- Le bouclier : arme de défense, mais aussi signe d’honneur, objet rituel, marque d’identité dans les cérémonies.
Ces symboles parlent de vie, de mort, de fertilité et de transcendance et sont des archétypes gravés.

Interprétations et mystères
Que racontaient exactement ces gravures ? Les archéologues hésitent encore. Plusieurs hypothèses s’affrontent :
- Rituels religieux : cérémonies dédiées au soleil, à la fertilité ou aux ancêtres.
- Cosmologie : cartes du ciel, schémas de l’ordre divin.
- Mémoire collective : récits de guerres, de migrations, de mariages sacrés.
- Visions chamaniques : états de transe inscrits dans la roche pour fixer l’expérience spirituelle.
Le mystère reste entier. Mais une chose est sûre : ces images dépassaient le quotidien. Elles ouvraient une tentative de fixer l’ordre du monde dans la pierre.
La roche comme livre sacré
Les peuples de l’âge du Bronze n’avaient pas encore de livres. Mais ils avaient les pierres. Et ils savaient y inscrire leur mémoire.
Graver un navire, c’était assurer qu’il vogue aussi dans l’autre monde. Dessiner un duel, c’était sanctifier le courage. Tracer un soleil, c’était capter sa puissance cosmique.
La roche devenait un autel et un livre à la fois : support éternel d’un langage qui transcende les générations.
Héritage spirituel et archétypal
Les pierres de Tanum résonnent avec d’autres traditions indo-européennes :
- Le culte solaire se retrouve en Égypte, en Mésopotamie, en Inde.
- Les bateaux funéraires annoncent les traditions vikings.
- Le phallus rappelle les rituels de fertilité antiques.
Ce site nous relie donc à une mémoire commune de l’humanité : celle où le sacré se disait d’abord par l’image, avant les mots.
L’invisible gravé dans la pierre
Les pétroglyphes de Tanum sont des vestiges archéologiques qui mettent en lumière la trace d’un monde où l’homme cherchait à parler avec les dieux.
Ils nous rappellent que, bien avant l’écriture, nos ancêtres savaient déjà créer des langages symboliques pour exprimer l’indicible : la vie, la mort, la fertilité, l’ordre cosmique.
Les pierres de Tanum nous invitent à écouter ce silence gravé. Elles disent qu’avant les mots, il y avait déjà l’art, et qu’à travers l’art, l’homme cherchait à inscrire dans la matière une part de l’invisible.