Les Déesses du Soleil : quand la lumière portait un visage féminin☀️

Les Déesses du Soleil : quand la lumière portait un visage féminin☀️

Aujourd’hui, nous associons spontanément le Soleil au masculin et la Lune au féminin. Pourtant, dans de nombreuses traditions anciennes, c’était l’inverse : la Lune portait une énergie masculine et le Soleil était une déesse. Pourquoi ? Parce que l’astre du jour ne se résume pas à brûler : il réchauffe, nourrit, protège et incarne la lumière vitale qui féconde la terre, fait mûrir les récoltes et éclaire le chemin des hommes. Le Soleil possède aussi un visage de maternité, de souveraineté et de fertilité.

Ainsi, dans les mythes nordiques, japonais, anatoliens, celtiques et bien d’autres, le Soleil se décline en figures féminines : brillantes, insaisissables parfois, mais toujours centrales.

Sól, la déesse nordique du Soleil

Dans la mythologie scandinave, la déesse du Soleil se nomme Sól (ou Sunna). Fille du géant Mundilfœri, elle est condamnée par les dieux à conduire chaque jour le char solaire, tiré par deux chevaux flamboyants : Árvakr (« l’alerte ») et Alsviðr (« l’ardent »).

Mais son parcours est hanté par une menace : le loup cosmique Sköll la poursuit sans relâche. Lors du Ragnarök, le destin des dieux, il finira par la dévorer. Pourtant, Sól ne cesse jamais de courir, héroïne d’un cycle cosmique où la lumière résiste au chaos.

Sól incarne la persévérance, le mouvement et l’indispensable chaleur. Elle est la preuve que dans les mythes nordiques, le Soleil n’était pas masculin, mais une déesse vouée à l’effort et au sacrifice, une lumière toujours menacée mais toujours renaissante.

Amaterasu : souveraine céleste du Japon

Dans le Kojiki (712) et le Nihon Shoki (720), textes fondateurs du Japon ancien, la déesse solaire est Amaterasu Ōmikami. Fille du dieu Izanagi, elle naît de l’eau purificatrice de son œil gauche.

Amaterasu est considérée comme la souveraineté incarnée, l’ancêtre divine de la lignée impériale japonaise. Elle éclaire le monde, régule les saisons, protège l’ordre cosmique.

Mais un jour, humiliée par les excès de son frère Susanoo, elle se cache dans une grotte céleste. La terre plonge alors dans l’obscurité. Les dieux, affolés, organisent une ruse : Ame-no-Uzume, déesse de la danse et de la gaieté, exécute une danse rituelle, joyeuse et sensuelle, attirant Amaterasu hors de sa retraite. La lumière revient, l’ordre est restauré.

Encore aujourd’hui, Amaterasu demeure au cœur du culte shintoïste, honorée dans le sanctuaire d’Ise. Elle incarne la lumière civilisatrice, la légitimité politique et la puissance féminine au sommet du panthéon japonais.

Arinna : la déesse-soleil des Hittites

Chez les Hittites, peuple d’Anatolie (II millénaire av. J.-C.), la déesse-soleil d’Arinna occupait une place centrale. Elle était à la fois mère divine, garante des serments et protectrice de l’ordre royal.

Contrairement aux dieux guerriers masculins, Arinna représentait une autorité stable, bienveillante, mais ferme. Son rôle n’était pas de détruire, mais de maintenir l’équilibre, bénir les rois et juger les serments.

Son culte, attesté dans des tablettes cunéiformes retrouvées à Hattusa, montre à quel point le pouvoir solaire féminin pouvait être lié à la légitimité politique. Arinna était celle qui « voit tout », celle qui éclaire et surveille, comme un Soleil qui juge et protège.                                                                                           

Áine : la flamme dorée d’Irlande

Dans le folklore irlandais, la déesse solaire s’appelle Áine. Associée au solstice d’été, elle est à la fois déesse, fée et souveraine.

Protectrice des moissons, des amours passionnées et de la lumière dorée des longues journées, Áine unit fertilité, autorité et liberté. Elle est parfois décrite comme la fille du dieu marin Manannán Mac Lir, parfois comme une reine-fée liée à la colline sacrée de Knockainey.

Áine incarne la chaleur estivale, la prospérité et l’abondance. Elle est ce feu solaire qui nourrit la terre autant que le cœur des hommes, une figure de joie et d’autonomie dans la mythologie celtique.

D’autres visages du Soleil féminin

Au-delà de ces grandes figures, de nombreuses civilisations ont vu dans le Soleil une déesse plutôt qu’un dieu :

  • Chez les Slaves, la déesse solaire Solntse brillait comme protectrice des récoltes et des foyers.
  • Dans les mythes baltes, la déesse Saulė conduisait son char à travers le ciel et protégeait les mariages.
  • Chez certains peuples amérindiens, le Soleil féminin veillait sur la fertilité et l’équilibre des saisons.

Ces traditions rappellent que l’idée d’un Soleil féminin était répandue et profondément enracinée dans l’imaginaire humain.

Symbolisme : lumière, pouvoir et féminité

Ces déesses solaires incarnent une autre mémoire du pouvoir : celle d’une autorité lumineuse, protectrice et féminine.

Le Soleil au féminin n’est pas guerrier ou dominateur. Il est source de vie, de chaleur et de régulation. Ces figures rappellent qu’elles portent la mémoire d’un monde où le pouvoir féminin était visible, respecté et central.

La lumière au féminin

De Sól la poursuivie, à Amaterasu la souveraine, d’Arinna la juge à Áine la joyeuse, les déesses du Soleil offrent un héritage multiple. Elles racontent que la lumière n’a pas toujours eu un visage masculin, qu’elle pouvait être une mère, une souveraine, une amante ou une guerrière.

À l’heure où nos sociétés cherchent de nouveaux équilibres, ces figures nous invitent à repenser la puissance au féminin. Elles nous rappellent que le Soleil, avant d’être une force aveuglante, est d’abord une présence nourricière.

Ces déesses portent en elles la preuve que la lumière peut se penser au féminin, et que l’avenir s’éclaire autant dans la mémoire des anciens mythes que dans la quête contemporaine de nouveaux équilibres.

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