Déesses du Soleil : Mythes et Symbolique du Divin Féminin ☀️

Déesses du Soleil : Mythes et Symbolique du Divin Féminin ☀️

Quand Amaterasu, blessée par les outrages de son frère, se retira dans la caverne céleste d'Ame-no-Iwato, le monde plongea dans une nuit sans fin. Les hommes tremblèrent. Les récoltes moururent. Il fallut une danse, un miroir, et le rire éclatant des dieux pour faire entrouvrir la porte de pierre. Ce jour-là, le soleil était une femme. Et elle l'a toujours été.

C'est l'un des secrets les mieux gardés de l'histoire des religions : dans la majorité des cultures du monde, le soleil n'est pas un dieu masculin, mais une déesse. Cette évidence anthropologique, longtemps masquée par la prééminence des panthéons gréco-romain et égyptien dans notre imaginaire occidental, a été méthodiquement réhabilitée par les chercheurs du XXᵉ siècle. De l'Arctique au Pacifique, de la Baltique à l'Australie, le soleil est une mère, une sœur, une jeune fille, une vieille tisseuse, rarement un homme. Cet article raconte le retour, dans la conscience contemporaine, de ces déesses solaires que l'histoire avait éclipsées.

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Qui sont les déesses du Soleil ? Origines et mythes fondateurs

Pour comprendre l'ampleur du phénomène, il faut commencer par défaire un préjugé. L'Occident moderne, héritier des mythologies grecque, romaine et chrétienne, a profondément ancré l'idée que le soleil est masculin (Hélios, Sol, Apollon, Râ) et la lune féminine (Séléné, Diane, Isis dans l'un de ses aspects). Mais cette répartition est culturellement minoritaire à l'échelle mondiale.

Le sociologue et historien des religions Mircea Eliade, dans son monumental Traité d'histoire des religions (1949), avait déjà signalé l'erreur. Mais c'est l'archéologue lituano-américaine Marija Gimbutas, dans The Language of the Goddess (1989), qui a systématiquement documenté l'antériorité du divin féminin solaire dans l'Europe néolithique. Et c'est surtout la chercheuse anglaise Janet McCrickard, dans son enquête comparatiste Eclipse of the Sun: An Investigation into Sun and Moon Myths (1990), qui a établi le constat le plus net : dans plus de la moitié des cultures humaines documentées, le soleil est une divinité féminine. Patricia Monaghan, dans son Encyclopedia of Goddesses and Heroines (2010), recense plus de soixante-dix déesses solaires à travers le monde.

Voici les principales figures de ce panthéon transcontinental : 

Amaterasu Ōmikami (Japon)

La plus célèbre des déesses solaires vivantes. Ancêtre mythique de la lignée impériale japonaise, elle est consignée dans les deux plus anciens textes japonais : le Kojiki (« Chronique des choses anciennes », 712 ap. J.-C.) et le Nihon Shoki (« Chroniques du Japon », 720 ap. J.-C.). Le mythe central : la caverne céleste d'Ame-no-Iwato, raconte qu'après les exactions de son frère le dieu de l'orage Susanoo, Amaterasu se retire dans une grotte et plonge le monde dans l'obscurité. Les huit cents myriades de divinités tiennent conseil. La déesse Ame-no-Uzume danse alors une danse extatique qui fait rire les dieux ; intriguée, Amaterasu entrouvre la porte ; un miroir lui est tendu ; éblouie par sa propre lumière, elle sort enfin. C'est le retour du jour. Le sanctuaire shinto d'Ise, fondé selon la tradition au IIIᵉ siècle, lui est consacré et reste, encore aujourd'hui, l'un des lieux les plus sacrés du Japon.

Sól (Sunna en vieux haut allemand) — monde nordique et germanique 

La déesse-soleil scandinave est mentionnée dans l'Edda poétique (les poèmes Vafþrúðnismál et Grímnismál, XIIIᵉ siècle, transmettant des traditions plus anciennes) et dans l'Edda en prose de Snorri Sturluson (1220). Elle conduit chaque jour le char solaire à travers le ciel, poursuivie sans relâche par le loup Sköll, qui finira par la dévorer lors du Ragnarök, le crépuscule des dieux. Mais, détail cosmique d'une beauté saisissante, Sól aura conçu une fille avant sa mort, qui prendra son relais dans le monde nouveau. Le soleil, chez les Vikings, ne meurt jamais vraiment ; il se transmet de mère en fille. Régis Boyer, dans Yggdrasill : la religion des anciens Scandinaves (1981), insiste sur cette dimension matrilinéaire de la cosmologie nordique, longtemps minorée par les lectures masculines.

Saulė (cultures baltes : Lituanie, Lettonie)

Déesse-soleil de l'aire baltique, Saulė est l'une des divinités majeures du panthéon préchrétien lituanien. Mère de planètes, tisserande de rayons, elle est célébrée dans les dainas, ces chants traditionnels lituaniens dont certains remontent à plusieurs siècles. La spécialiste Algirdas Julien Greimas, dans Des dieux et des hommes : études de mythologie lithuanienne (1979), a démontré que Saulė occupait une place centrale, équivalente à celle de Zeus chez les Grecs, preuve que dans une culture indo-européenne sœur de la grecque, le soleil est resté féminin.

Sulis (Bretagne celtique)

Déesse solaire et thermale, Sulis présidait aux sources chaudes de la ville romaine d'Aquae Sulis, l'actuelle Bath en Angleterre. Les Romains l'ont assimilée à leur Minerve, créant la divinité hybride Sulis-Minerva. Mais plus de cent tablettes de défixion retrouvées sur le site (des plaquettes de plomb gravées d'imprécations) attestent qu'on s'adressait à elle d'abord comme déesse celtique, et solaire. Miranda Aldhouse-Green, dans The Quest for the Shaman (2005), a relié son culte à une tradition européenne ancienne du soleil féminin guérisseur, attesté du sud de la France jusqu'aux îles Britanniques.

Áine (Irlande)

Déesse irlandaise du soleil, de la souveraineté et de l'amour, Áine est associée à la colline de Knockainy, dans le comté de Limerick, où jusqu'au XIXᵉ siècle on allumait des feux solaires en son honneur la veille de la Saint-Jean. Le folkloriste Daithí Ó hÓgáin, dans Myth, Legend and Romance: An Encyclopaedia of the Irish Folk Tradition (1991), montre la persistance de son culte sous des formes christianisées tardives, preuve, là encore, que la déesse-soleil n'a pas été remplacée, mais enfouie.

L'Œil de Rê (Égypte) — Sekhmet, Hathor, Bastet, Tefnout

Le cas égyptien est le plus subtil. Le soleil principal, , est masculin, mais sa puissance solaire active est féminine, incarnée par l'Œil de Rê, qui prend tour à tour les visages de Sekhmet la lionne, de Hathor la vache céleste, de Bastet la chatte ou de Tefnout. L'égyptologue Erik Hornung, dans Conceptions of God in Ancient Egypt (1982), souligne que cette structure révèle un soleil double : un principe masculin contemplatif, un principe féminin agissant. Toute la chaleur, tout le rayonnement effectif du dieu solaire est porté par des déesses.

D'autres figures complètent cette galaxie

Bila, déesse-soleil aborigène australienne, dont la viande grillée éclaire le monde ; Solntse, soleil féminin slave ; Beiwe, soleil sami du Grand Nord, qui rend la santé mentale aux dépressifs de l'hiver polaire ; Igaehindvo, soleil cherokee... La carte est éloquente : le soleil féminin est la norme anthropologique, le soleil masculin l'exception.

Comment expliquer alors la prééminence des soleils masculins dans nos imaginaires occidentaux ? Plusieurs hypothèses convergent. La première est linguistique : dans les langues romanes (français, italien, espagnol), le mot « soleil » est masculin par accident grammatical, alors qu'en allemand il est féminin (die Sonne) et que la lune y est masculine (der Mond). La grammaire façonne la perception. La seconde hypothèse est historique : le passage des sociétés agraires néolithiques, où le féminin sacré dominait selon les travaux de Gimbutas, vers les sociétés indo-européennes patriarcales de l'âge du Bronze (vers 4000-2000 av. J.-C.) aurait progressivement masculinisé les divinités majeures, ne laissant aux déesses que des rôles secondaires. La troisième hypothèse, complémentaire, est religieuse : la diffusion des monothéismes abrahamiques a imposé un Dieu masculin et solaire (Jésus est appelé « Soleil de justice » dans la liturgie chrétienne) qui a écrasé les survivances féminines. Mais, et c'est là le point décisif, les substrats anciens n'ont jamais entièrement disparu. Ils dorment dans les contes, dans les chants traditionnels, dans les noms de lieux, prêts à se réveiller dès qu'on leur prête à nouveau attention.

Les symboles et attributs

Les déesses solaires partagent un répertoire symbolique d'une cohérence remarquable, bien que dispersé sur tous les continents.

1. Le disque et la couronne rayonnante. 

Le motif du disque entouré de rayons est universel. On le retrouve sur les bractéates en or scandinaves (médaillons des Vᵉ-VIIᵉ siècles) attribués à Sól, sur les broches en ambre baltes consacrées à Saulė, et stylisé jusque dans les blasons médiévaux du soleil radié. La couronne solaire, celle qu'on retrouve sur les statues de la Liberté ou sur certaines représentations d'Amaterasu, est l'attribut royal direct de la déesse.

2. Le miroir.

Symbole central dans le mythe d'Amaterasu, le miroir (kagami) est l'un des trois trésors impériaux du Japon (avec l'épée et le joyau), et il représente la déesse elle-même. Il est conservé au sanctuaire d'Ise. Mais le miroir solaire se retrouve ailleurs : dans les miroirs en bronze de l'âge du Bronze européen, dans les disques métalliques baltes, dans les ornements rituels mésoaméricains. Le miroir capture la lumière et la renvoie : c'est la déesse elle-même qui s'auto-contemple et se diffuse.

3. L'or, le feu, l'ambre.

La matière solaire est dorée, brûlante, translucide. L'ambre baltique, en particulier, est appelé gintaras en lituanien : « larme de Saulė ». Les Romains, qui le faisaient venir de la Baltique, l'appelaient sucinum et y voyaient déjà une matière solaire féminine. Tous les ornements liturgiques des déesses-soleils utilisent ces trois matériaux ou leurs analogues : or, ambre, jaspe rouge, cornaline.

4. Les chevaux solaires et le char.

Sól nordique, Saulė balte, et avant elles peut-être les divinités solaires de l'âge du Bronze (le char solaire de Trundholm, retrouvé au Danemark, daté de 1400 av. J.-C., en est l'illustration éclatante) traversent le ciel sur un chariot tiré par des chevaux. Ce motif est typiquement indo-européen, et il s'applique aussi bien aux dieux qu'aux déesses du soleil, selon les cultures.

5. Les animaux solaires.

La lionne (Sekhmet), le coq (Sulis), le cygne (Áine), la vache céleste (Hathor), l'aigle, le faucon, parfois la chatte ou l'araignée tisseuse de rayons : chaque déesse a sa cour animale. Marija Gimbutas a particulièrement travaillé sur les figurines néolithiques où l'oiseau solaire et la femme se confondent, suggérant un substrat préhistorique commun à toutes ces déesses.

6. Le cycle journalier comme cycle de vie.

Le soleil féminin a une biographie : il naît à l'aube (jeune fille), s'épanouit à midi (mère), meurt au couchant (vieille). Cette structure tripartite, théorisée par la mythologue Robert Graves dans La Déesse blanche (1948), bien que ses thèses soient discutées, recoupe la triade féminine Maiden / Mother / Crone (Vierge / Mère / Vieille Sage) qui structure le néopaganisme contemporain.

La signification psychologique et spirituelle aujourd'hui

Pourquoi les déesses du soleil reviennent-elles avec tant de force dans la spiritualité contemporaine ? La réponse est à la fois historique et psychique.

Sur le plan historique, leur retour est indissociable du mouvement Goddess apparu dans les années 1970 aux États-Unis, dans le sillage de la deuxième vague féministe. Des théologiennes comme Carol P. Christ (Rebirth of the Goddess, 1997), Z Budapest (fondatrice du Dianic Wicca), ou la mythologue Riane Eisler (Le Calice et l'Épée, 1987) ont mis en lumière le fait que la disparition du divin féminin dans l'Occident chrétien n'était pas une évolution naturelle, mais le résultat d'un processus historique de patriarcalisation étalé sur plusieurs millénaires. Réveiller les déesses, et particulièrement les déesses solaires, c'est réparer un déséquilibre.

Sur le plan psychique, ces figures incarnent quelque chose que ni la lune (associée au féminin passif, réceptif) ni les déesses dites « lunaires » modernes ne saturent : un féminin actif, irradiant, pleinement souverain. Le soleil est la source. Il ne reflète pas, il rayonne. Pour des millions de femmes contemporaines qui cherchent des modèles d'autorité féminine non agressifs mais affirmés, la déesse-soleil offre un archétype d'une puissance immédiate. Comme l'écrit la psychothérapeute jungienne Marion Woodman dans Conscious Femininity (1993), le féminin solaire est celui qui « brûle sans détruire, donne sans s'épuiser, illumine sans aveugler ». C'est une grammaire intérieure que beaucoup redécouvrent. Les psychologues contemporains du développement féminin, à la suite de Jean Shinoda Bolen (Goddesses in Everywoman, 1984), distinguent désormais explicitement les types féminins solaires (Amaterasu, Sekhmet, Athéna sous certains aspects) des types lunaires ou stellaires, et les utilisent comme cartographie thérapeutique pour aider les femmes à reconnaître leur propre tonalité dominante.

Sur le plan écospirituel, enfin, le retour des déesses du soleil s'inscrit dans une vision plus large : celle de l'écoféminisme, formulée par la philosophe française Françoise d'Eaubonne dans Le Féminisme ou la Mort (1974), et reprise par Vandana Shiva en Inde, par Starhawk aux États-Unis. L'idée centrale est que l'exploitation de la nature et l'oppression des femmes participent d'une même logique de domination, et que le réveil du divin féminin, et particulièrement du féminin rayonnant (solaire) plutôt que réceptif (lunaire), est l'un des leviers d'une véritable transition culturelle.

L'écho des déesses du soleil dans la culture moderne (et dans la mode MYTHWEAVE)

Les déesses solaires ne sont plus confinées aux études universitaires. Elles habitent désormais la culture populaire, parfois discrètement, parfois ostensiblement.

Dans la littérature contemporaine, Madeline Miller (Circé, 2018) ou Pat Barker (Le Silence des vaincues, 2018) réécrivent les mythes grecs en redonnant la parole aux femmes, ouvrant la voie à une attention renouvelée à toutes les figures féminines du sacré. Au cinéma, l'animation japonaise (Hayao Miyazaki notamment, avec Princesse Mononoké et Le Voyage de Chihiro) puise constamment dans le shintoïsme et la figure d'Amaterasu. Les jeux vidéo Ōkami (2006) et Persona 5 mettent explicitement en scène des avatars de la déesse-soleil japonaise.

Dans la spiritualité féminine contemporaine, les cercles de femmes se multiplient ; les retraites « Goddess » se développent ; le néopaganisme féminin (Dianic Wicca, Reclaiming) attire un public croissant. Les tatouages de soleils féminins, les bijoux en ambre, les pratiques de méditation au lever du soleil, autant de gestes qui réinscrivent dans le quotidien une mémoire que l'Occident chrétien avait refoulée. Le yoga lui-même, à travers la Salutation au Soleil (Sūrya Namaskāra), participe de ce mouvement, même si cette pratique honore traditionnellement un soleil masculin indien : pour beaucoup de femmes occidentales, l'enchaînement matinal est devenu, intuitivement, un dialogue avec une lumière féminine intérieure.

C'est dans cette continuité que MYTHWEAVE inscrit ses créations.

Concevoir une mode féminine qui s'inspire des déesses solaires, ce n'est pas plaquer des paillettes dorées sur un t-shirt. C'est honorer un héritage. Chaque pièce est imprimée sur coton 100 % biologique certifié GOTS, parce qu'on n'honore pas une déesse de la fertilité avec un tissu issu du pétrole. Chaque pièce est vegan certifiée PETA, parce qu'on n'honore pas une déesse du vivant avec de la cruauté animale. Et chaque pièce est confectionnée dans des conditions de travail dignes, avec une rémunération équitable des artisans, parce qu'on n'honore pas une déesse de la souveraineté en exploitant d'autres femmes à l'autre bout du monde.

À chaque achat MYTHWEAVE, une partie des bénéfices est reversée à JIBOIANA, association qui défend les peuples autochtones et leur biodiversité. Ces peuples, dans la plupart de leurs cosmologies, vénèrent encore aujourd'hui une déesse-soleil ou un féminin sacré du vivant. Soutenir JIBOIANA, c'est donc faire un cercle : la déesse-soleil que vous portez sur votre t-shirt aide concrètement à protéger ses gardiennes vivantes.

Porter le soleil sur sa peau n'est pas un geste de mode anodin. C'est rappeler, à soi-même et au monde, que la lumière est aussi l'affaire des femmes. Que la puissance peut être douce. Que le sacré peut être féminin. Et que les vieux récits : Amaterasu, Sól, Saulė, Sulis, Áine, ne sont pas des poussières de musée, mais des braises encore tièdes qu'il suffit de souffler pour qu'elles reprennent feu.

Tisser le mythe, préserver la vie. Le soleil se lève toujours du côté des femmes.

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